Pour un urbanisme ASMR

Vous n’avez probablement jamais entendu parler d’ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response). Ce phénomène largement méconnu et qui ne touche qu’une partie de la population consiste en une réponse nerveuse provoquant une sensation agréable et se déclenchant à l’audition et/ou à la vision d’un évènement délicat : chuchotements, crépitement d’une cheminée, pages d’un livre qui se tournent, etc. À mesure que l’ASMR se fait connaître, la communauté croît et investit Youtube pour réaliser des vidéos relaxantes pour toutes les sensibilités.

Il ne s’agit évidemment pas ici de définir un urbanisme destiné aux seuls réceptifs de ce phénomène, mais de tracer les contours de ce que pourrait être une ville ASMR, en m’appuyant sur mon expérience et celle de quelques twittos des caractéristiques de l’ASMR. Une ville ASMR serait silencieuse (et c’est probablement l’un des plus gros enjeux), apaisée, écolo, et l’on n’y entendrait « que les plics plocs de la pluie partout »¹. Elle favoriserait également l’interaction sociale – l’ASMR en étant une réponse.

Sans voitures, privilégiant les fonctions de logement et de service, la ville ASMR est dense et ses trajets sont courts et agréables. L’espace public est accueillant, arboré, et l’on peut sans problème s’y promener ou s’y assoir pour lire, discuter, ou pour profiter du bruissement des feuilles battues par le vent.

 

24 heures d’une ville ASMR

Réveillé par la lumière du jour et le chant des oiseaux, vous vous levez pour vous préparer à travailler. Vous jetez un œil à votre fenêtre et regardez rapidement la grisaille envelopper la ville, depuis le 5e étage de votre résidence. Encore engourdi de sommeil, vous chuchotez un bonjour à vos colocataires et sortez de l’appartement.

Vous partez travailler à pied. La ville est petite – quelques dizaines de milliers d’habitants au plus – et les fonctions rapprochées. En marchant vous détaillez l’espace public. Une rangée d’arbres sépare un espace de circulation d’un espace de stationnement. L’espace de circulation est hiérarchisé pour permettre la cohabitation des différents modes doux, même si la marche à pied est largement majoritaire. L’espace de stationnement, quant à lui, s’organise librement entre des petits groupes s’adonnant au tai-chi et des quidams lisant sous les arbres ou faisant la sieste. Respectant le calme ambiant et l’intimité de chacun, les gens ne se parlent que doucement.

Vous arrivez au pied de l’immeuble dans lequel se trouve votre bureau, et prenez l’ascenseur pour rejoindre votre open-space. Une pluie fine commence à tomber et résonne sur la baie vitrée s’ouvrant sur la forêt bordant la ville.

En fin d’après-midi, alors que la pluie a cessé, vous quittez votre travail pour rejoindre un club d’échecs qui se réunit chaque semaine dans l’un des parcs de la ville. Quelques minutes de marche seulement vous permettent de gagner votre destination. Cette semaine, vous vous échappez plus tôt pour rejoindre des amis dans une rue commerçante et, déjà, le soleil se couche lorsque vous vous asseyez dans une brasserie pour déguster un verre, un repas, et un moment de convivialité.

Vous pourriez rentrer à vélo, profitant du service de location mis en place par la municipalité, mais vous préférez parcourir à pied les 20 minutes de marche vous séparant de votre appartement pour vous aider à décuver. Sur le chemin, vous croisez quelques chalands, dans le même état que vous, avec qui vous échangez quelques blagues. Mais dans l’ensemble, la nuit est calme et la fraicheur de l’air vous revigore. Et cela tombe bien, car vous réalisez qu’il est bientôt l’heure d’aller travailler …

 


¹ @Compoto_

Publicités

Une réflexion sur “Pour un urbanisme ASMR

  1. Pingback: Les Urbavengers à l’épreuve de la startup nation | Urbavengers

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s