Pokémon GO : Appropriez-vous les tous !

Cela fait maintenant un peu plus d’une semaine que Pokémon GO est disponible (pas forcément légalement) sur nos smartphones, et il y a déjà beaucoup à dire sur l’impact de ce jeu sur notre pratique de la ville.

Comme il a été dit dans l’introduction de l’expérience, Pokémon GO se base sur la réalité augmentée (c’est-à-dire l’ajout d’éléments virtuels à la réalité) pour créer un univers dans lequel cohabitent humains (réels) et pokémons (virtuels). Le concept du jeu consiste en l’amélioration de l’expérience de la ville de l’utilisateur par l’ajout d’éléments virtuels. En d’autres termes, Pokémon GO nous fait déambuler dans l’univers réel à la recherche de composantes virtuelles.

Est alors créé un univers hybride que les joueurs subissent, quadrillée par des arènes pokémon, des pokéstops (sortes de boutiques), et peuplé de pokémons sauvages à attraper.

L’engouement a été énorme. Si bien que d’après le compte twitter de Youporn, Pokémon GO est désormais plus populaire sur internet que la pornographie.

Mais Pokémon GO a fait bien plus que casser internet, il a cassé nos pratiques du monde réel.

L’objet de cet article, que j’ai voulu le plus court et synthétique possible, est de poser les bases d’une réflexion sur l’apport de la réalité augmentée et de son potentiel ludique sur nos pratiques de l’espace urbain. Mon expérience de jeu et celles de nombreux twittos et anonymes ont été la matière première de ces réflexions. Un mini questionnaire à destination des joueurs de Pokémon GO a également été administré sur Twitter et a reçu plus de 250 réponses.

 

Pokémon GO permet la création de « centralités virtuelles »

L’univers de Pokémon GO est basé sur la réalité, augmentée de trois types de composantes virtuelles : les pokémons (qui apparaissent aléatoirement), les pokéstops (fixes) et les arènes (fixes).

Pokémon GO crée un nouveau type de centralité : la centralité virtuelle. On voit ainsi converger de nombreux joueurs vers des points (qui semblent rarement être des centralités réelles, même si j’ai croisé un pokéstop sur une bouche de métro) en y intégrant de nouveaux usages virtuels : le « shopping », le combat et la capture. En outre, ces centralités ne sont pas forcément fixes (dans le temps comme dans l’espace), puisqu’on voit des joueurs converger vers des « spots » où il leur a été indiqué la présence de pokémons.

Il existe d’ailleurs une cartographie participative permettant aux apprentis dresseurs de localiser les pokémons sauvages rencontrés pour y aiguiller les autres dresseurs, et il paraîtrait que le jeu permette une alimentation de cette centralité temporaire en exploitant la densité d’utilisateurs.

Si, à l’échelle locale, Pokémon GO crée de nouvelles centralités, à une échelle plus globale il les affirme en maintenant la fracture centres/périphéries. Pokémon GO propose en effet une densité de pokéstops et d’arènes bien plus importante dans les centralités urbaines que dans les zones rurales (une pétition a d’ailleurs été lancée par des joueurs des zones rurales pour que Nintendo leur prévoie plus de pokéstops et d’arènes).

 

Pokémon GO permet une appropriation inédite de la ville

Pokémon GO implique que le joueur déambule à la recherche des centralités virtuelles et l’exhorte à sortir et à découvrir sa ville.

Pokémon GO s’appuie sur les données des points d’intérêt de GoogleMaps pour les pokéstops et les arènes. Il peut ainsi s’agir d’éléments architecturaux, de mobilier urbain remarquable, de commerces ou de services, etc. Pokémon GO est ainsi un outil touristique dans le sens où il permet la découverte par les joueurs du petit patrimoine de son environnement, souvent très méconnu.


Au service du petit patrimoine

83% des sondés déclarent que Pokémon GO leur a permis de découvrir ou redécouvrir des éléments urbains remarquables au cours de leur expérience de jeu.

« C’est incroyable, pokémon go m’a totalement fait redécouvrir ma ville et même mon quartier ! » – un sondé


Pokémon GO pousse les gens à explorer leur environnement et les fait aller dans des endroits où ils ne se rendent usuellement pas. Il rend en outre l’espace appropriable en offrant au joueur la possibilité d’interagir avec lui, même si ce territoire lui est totalement inconnu. Il permet enfin de marquer et d’habiter le territoire en remportant une arène (« la Fontaine aux Lions est à moi ! »).


Un phénomène limité par une ville sexiste ?

73% des sondés déclarent que Pokémon GO les a déjà menés dans des endroits/quartiers où ils n’ont pas l’habitude d’aller. 40% des sondés admettent même avoir déjà changé d’avis sur un lieu. Les femmes semblent plus ressentir ou avoir déjà ressenti une appréhension à se rendre dans un lieu inconnu (30%) que les hommes (17%). Comme celle de la ville, l’expérience du jeu apparaît donc genrée. 


Quand un joueur rencontre un pokémon, le jeu démarre la caméra du smartphone et l’insère dans l’environnement réel. Cette situation, perçue comme cocasse, provoque une connexion entre le joueur et l’espace. C’en est même devenu un jeu ; on a ainsi vu se multiplier sur les réseaux sociaux des captures d’écrans de pokémons dans l’espace urbain.

 

Pokémon GO fonctionne comme un réseau social et un outil de chill

Des chasses de pokémons s’organisent, dans un cercle privé ou public (l’évènement facebook de la pokéwalk du 14 juillet à Paris avait réuni des milliers de personnes, mais a été interdit par la préfecture). Pokémon GO permet d’organiser les joueurs en trois « équipes » (bleu, jaune et rouge), et très vite des groupes facebook se sont créés pour chaque équipe et dans chaque ville pour échanger des bons plans et organiser des chasses.

Pokémon GO fonctionne comme un réseau social, même s’il n’en est pas la plateforme. Il offre un prétexte à ses utilisateurs pour échanger entre eux. Comme le dit d’ailleurs un sondé, « ce qui fait tout l’intérêt du jeu ça reste avant tout de rencontrer les autres joueurs IRL ».

facebook 3.JPG

 

 

L’écriture de cet article a été perturbé par l’apparition régulière d’insights, idées, remarques, dimensions. Ainsi, il m’est impossible de dire que celui-ci est terminé et de conclure proprement. Néo-membre d’une communauté facebook de dresseurs de pokémons, il est probable que de nouveaux éléments apparaissent encore, et j’essayerai de tenir cet article à jour si besoin.

Grâce à un accès toujours plus facilité à l’information et au divertissement, le smartphone a bouleversé les pratiques de la ville des jeunes urbains connectés. Depuis Ingress (l’un des premiers jeux basés sur la réalité augmentée, développé par Google) sorti il y a 3 ans et avec le succès de Pokémon GO, on voit apparaître de nouvelles perspectives.

Si les effets de la réalité augmentée sur l’urbanité sont déjà concrets, peut-être un jour aura-t-elle également des effets sur l’urbanisme. La possibilité d’augmenter la réalité de composantes virtuelles ouvre en effet la porte à de nombreuses utopies et dystopies urbaines. Verra-t-on un jour un quartier se gentrifier suite à l’implantation d’une arène pokémon (ou d’un élément d’un autre univers) ? Est-on à l’aube d’un urbanisme augmenté ?

facebook peur

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