L’empowerment : le cimetière des éléphants blancs

« Éléphant blanc » est une expression française qui tirerait son origine de la culture bouddhiste dans laquelle l’éléphant blanc est un animal sacré. En effet, d’après la légende, à la veille de la naissance de Bouddha, sa mère aurait rêvé d’un éléphant blanc. La sacralisation de cet animal implique son interdiction de le faire travailler, et son utilisation comme présent prestigieux. Cependant, l’entretien d’un tel animal pouvait se révéler dispendieux et, ne pouvant travailler, il représentait un poids mort dans les finances du bénéficiaire de ce cadeau.

En français, un éléphant blanc est donc métaphoriquement un ouvrage prestigieux dont la pertinence est limitée et représentant un fardeau économique pour la collectivité.

On pourrait citer de nombreux exemples de bâtiments dont le modèle économique (PPP), la réalisation (mauvaise budgétisation des starchitectes), le mauvais dimensionnement, ou l’inutilité a plombé durablement les finances locales.

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Les Urbavengers à l’assaut des éléphants blancs

Les équipements sportifs construits dans le cadre de grands évènements sportifs comme les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde de Football apparaissent comme des archétypes d’éléphants blancs. Les autorités organisatrices, à la recherche d’un monumentalisme répondant au prestige de la compétition, calibrent les équipements pour cet évènement ponctuel et exceptionnel. Permettant le marketing de l’évènement, les équipements se doivent d’être éléphantesques. Ils deviennent bien souvent surdimensionnés pour leur réutilisation post-compétition. Chers à entretenir et peu rentables, ils représentent alors un poids financier pour la collectivité.
On peut citer l’exemple de l’Arena Amazonia à Manaus, construit pour la Coupe du Monde de football 2014 au Brésil. Permettant l’accueil de 46 000 spectateurs, ce stade magnifique dont le coût de construction a atteint les 300 millions de dollars d’argent public, peine aujourd’hui à se trouver une utilité. Situé dans une ville de 2,5 millions d’habitants au milieu de l’Amazonie, dans une région où le foot ne déplace pas les foules, ce stade ne fut en réalité construit que pour 4 matchs de Coupe du Monde (pendant lesquels son affluence ne dépassa pas les 40 000 spectateurs). Aujourd’hui (et depuis avant même la fin du chantier de construction), les autorités publiques cherchent un repreneur pour s’alléger des millions d’euros que coûte chaque année le stade pour l’entretenir.
Sous-exploité, surdimensionné, le Stade de France est également un éléphant blanc.

Les Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) peuvent également être des éléphants blancs. Ce sigle désigne de grands travaux supposés contre-productifs, non-pertinents, et/ou déficitaire. L’invention de ce vocable est militante et constitue un appel citoyen au principe de précaution pour annuler les projets dont la pertinence est douteuse.
On peut notamment citer Notre-Dame-des-Landes, second aéroport de Nantes dont le dimensionnement, la localisation, l’impact écologique et l’utilité même ont été fortement critiqués.

Enfin, ce phénomène d’éléphant blanc peut apparaître à toutes les échelles. On peut trouver des maires de communes moyennes qui veulent marquer leur mandat d’une empreinte urbaine. Médiathèque monumentale et surdimensionnée, équipement culturel d’envergure intercommunale mal situé, cette prétention peut coûter cher pour la commune et le contribuable.

 

Donner un plus grand pouvoir de contrôle de l’action publique aux citoyens pourrait permettre de limiter ces phénomènes. Ces éléphants blancs sont en effet souvent des faits du prince ou issu de faits du prince auxquels les citoyens auraient pu s’opposer s’ils en avaient la connaissance et le pouvoir. Instaurer une dose de démocratie participative atténuerait les dérives de la démocratie représentative.
La sociologue Sandrine Rui définit la démocratie participative comme “l’ensemble des procédures, instruments et dispositifs qui favorisent l’implication directe des citoyens au gouvernement des affaires publiques”. Elle précise que la démocratie participative s’adresse aux citoyens dans leur définition large puisque les personnes privées de démocratie représentative (enfants et sans papiers par exemple) sont aussi concernés.
Des dispositions légales ont été prises pour répondre à ces aspirations, mais les méthodes d’association des citoyens aux décisions des collectivités sont aujourd’hui critiquées et jugées d’impostures.

L’enjeu est également de (re)créer une culture de la participation. Convaincus (parfois à raison) que leur avis ne sera pas réellement pris en compte, les citoyens se sont peu à peu détournés des processus de participation légalement imposés aux pouvoirs publics. Ces processus sont en effet souvent utilisés par les pouvoirs publics comme outils d’information et non de décision. Pourtant la ville est un bien commun ; en cela, elle est la responsabilité de chacun.

L’urbanisme tactique est la manifestation d’un pouvoir effectif des citoyens. Il permettrait à la fois de réduire les risques sociaux et financiers des grands projets d’aménagement et de participer à la refonte d’une culture de la participation.

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