Chœurs sur la ville

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Klaxons, bruits routiers et ferrés, cris d’enfants chahutant dans la cour d’école, discussions de chalands, et ambiance musicale accompagnent plus ou moins agréablement notre usage de l’espace public : l’ambiance sonore est un élément de l’urbanité. La musique présente un intérêt particulier car elle est considérée comme un élément d’attractivité. La musique modifie donc à la fois l’usage et la perception de l’espace public. En ce sens, elle est forcément liée à la morphologie urbaine.
D’abord, on trouve des espaces publics où la musique résonne plus ou moins bien. Cette question de l’acoustique urbaine, très peu abordée dans la fabrique de la ville, mérite cependant toute notre attention. En effet, la musique joue un rôle non négligeable dans notre perception et nos usages de l’espace public. La question n’est d’ailleurs pas de savoir s’il faut diffuser de la musique dans l’espace public, mais plutôt de comprendre en quoi cette question est intéressante à intégrer dans la fabrique de la ville.

La musique questionne la philosophie de l’espace public de deux manières, selon qu’elle est partagée ou privée.

Partagée, la musique inonde l’espace public de sa mélodie. Elle peut être ponctuelle ou diffuse. Ponctuelle, provoquée par un artiste de rue par exemple, elle crée des rassemblements et modifie donc les mobilités des citadins en contribuant à un usage stationnaire de l’espace public. Elle participe à sa convivialité, même si elle contraint les interactions sociales en « occupant » l’espace sonore. Elle permet enfin une diffusion de la culture. On pense évidemment à la fameuse fête de la musique, destinée à propager massivement une culture musicale diverse. Cette institutionnalisation de la musique en ville – qu’elle soit professionnelle ou amatrice – ne doit pas faire oublier les nombreuses initiatives spontanées ou organisées qui animent certains espaces tout au long de l’année. Il semblerait par ailleurs intéressant de s’interroger dans un prochain article sur les espaces privilégiés de ces mises en musique.
La musique dans l’espace public peut également être diffuse. Certaines villes font notamment le choix de diffuser une ambiance sonore dans tout leur centre-ville, en payant une redevance à la SACEM. Cette ambiance musicale, qui rappelle ce que l’on peut trouver dans les centres-commerciaux, donne l’impression d’un espace vivant et influe le chaland. Ainsi, des stratégies musicales peuvent faire écho à des stratégies commerciales : musiques calmes pour ralentir le pas ou dynamiques pour inciter à l’achat frénétique.

Privée, la musique crée une multitude d’enclaves dans l’espace public. Elle est ainsi utilisée par tous les usagers de l’espace public (piétons, cyclistes, joggeurs, automobilistes). Contenue dans nos écouteurs, elle permet de se couper des autres bruits de la ville, de rythmer sa mobilité et/ou d’empêcher toute interaction inopinée. Les écouteurs ou les casques audios constituent en effet une clôture, une barrière à l’interaction sociale normalement rendue possible par l’espace public. Elle peut également jaillir d’un émetteur personnel (autoradio, radio, téléphone portable), et se diffuser dans un cercle proche autour de la personne. Elle est alors vécue par les autres usagers comme une nuisance, et provoque un conflit d’usage. Formant des « bulles » d’espaces privés, cet  usage de la musique conteste la vision d’un espace public appartenant à la société en tant que collectivité pour promouvoir la définition d’un espace public appartenant à la société en tant que somme d’individualités.

La musique joue en outre un rôle psychologique sur notre perception de l’espace public.

L’adage est connu : la musique adoucit les mœurs. En animant l’espace, la musique le rend accessible. En effet, la musique joue un rôle de modérateur de l’espace public. Elle permet ainsi au chaland de s’émanciper de ses appréhensions à le parcourir, tel David Bowie poursuivant une personnification de la musique dans son clip Absolute Beginners.
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La musique peut avoir un effet plus ou moins important sur notre perception de l’espace public et en modifier notre expérience. Elle influe notre rythme de mobilité, mais également notre humeur – directement liée à notre perception de l’espace. Ainsi, certaines chansons peuvent rectifier l’ambiance sensible de l’espace public, et donc son usage. Parfois à mauvais escient. En effet, comme évoqué précédemment, elle peut être utilisée par certains acteurs de la ville (pouvoirs publics ou associations de commerçants) pour manipuler l’usage de l’espace public à des fins commerciales. Cependant, les opportunités urbaines qu’ouvrent la musique paraissent très intéressantes. Ainsi, quand la Ville de Paris a réaménagé les berges rive gauche, elle a été confrontée à la question de la gestion des espaces situés sous les ponts, réputés glauques. Une douche sonore (système permettant au chaland de diffuser sa musique via bluetooth) a alors été installée sous le pont de la Concorde pour permettre une réappropriation musicale de cet espace.

 

Cela amène à se poser diverses questions. Comment organiser les mobilités dans une ville mise en musique ? Comment redéfinir l’espace public pour accueillir des usages mobiles, stationnaires, individuels et conviviaux ? Et surtout, aujourd’hui, quelles musiques écouter pour affronter la ville ? Pour répondre à cette dernière question, les Urbavengers vont ont concocté une petite playlist qui, nous l’espérons, vous inspirera lors de vos prochaines pérégrinations urbaines : http://www.deezer.com/playlist/3263445222?utm_source=deezer&utm_content=playlist-3263445222&utm_term=988202462_1497738170&utm_medium=web

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